Tanxxx

Tanxxx

Avec son univers influencé par Jamie Hewlett (Tank Girl, Gorillaz), Jaime Hernandez, Charles Burns ou Daniel Clowes (mais pas que, comme on va le voir tout de suite), Tanxxx est une figure pas totalement inconnue des amateurs de rock et d’affiche (qui l’auront peut être croisé au détour d’une page du magazine Noise, ou d’un poster de concert). L’équipe du CrewK profite d’ailleurs de cette petite introduction pour la remercier pour sa disponibilité, la rapidité et la qualité du temps qu'elle a consacré à répondre au questionnaire ;)






Peux tu nous décrire ton cursus scolaire et ton évolution graphique ?


J'ai choisi très tôt de faire du dessin dans ma vie, même si j'ai en partie abandonné ce projet un moment, à force d'entendre de tous les côtés que "le dessin, ça mène à rien". Finalement j'y suis revenue, et c'est comme ça qu'après un bref passage catastrophique à la Fac, j'ai atterri aux Beaux Arts, à Angoulême. Mais là, hors l'année propédeutique, je n'ai presque plus du tout dessiné. J'étais en option "Art" où le dessin n'était pas vu d'un bon œil. Je me suis remise au dessin de façon intensive en sortant des Beaux Arts.

Qu'est ce qui a déclenché ta passion pour l’affiche rock ? Y a-t-il des artistes/graphistes qui ont compté pour toi (en langage rock, quelles sont tes influences) ?

La passion est tout de même un grand mot... J'ai découvert le site Gigposters.com en 2003 ou 2004 je crois, et au même moment un mec sur un forum qui avait vu mes travaux m'a proposé de sérigraphier quelques uns de mes dessins. C'était Brazo Negro, et c'était le début d'une longue collaboration. On s'est mis rapidement à faire des affiches de concert, parce que pour lui comme pour moi c'était le support idéal. Nous aimions la musique et la sérigraphie, et il n'y avait pas meilleur moyen de combiner les deux.

Les premiers à m'avoir impressionnée dans le poster rock étaient Guyburwell, il est un peu devenu mon mentor concernant les affiches rock, il m'a beaucoup conseillée, et nous sommes devenus amis, j'ai découvert ou redécouvert Bongoût, Jake Kelly, Mark Pedini, et je continue pas je vais en oublier un paquet. ça m'a amenée à découvrir aussi des artistes français ou européens, en plus de Bongoût, dont je ne soupçonnais pas l'existence, comme Arrache Toi Un Œil, le Temps Qui Sèche, Elzo, Drew Millward, Drozd, l'atelier Vera, etc. Le poster rock est très riche et éclectique, on peut facilement en découvrir de nouveaux tous les jours pour peu qu'on s'y intéresse.

Quand as-tu commencé à crayonner ?

Dès que j'ai su tenir un crayon. Enfin si on appelle ça "tenir", vu que je le cramponne n'importe comment. J'ai jamais vraiment arrêté, sauf aux beaux arts, paradoxalement.

D’où provient ton inspiration ?

De la vie en général. Oui, je sais, c'est une réponse vague, mais c'est vrai. La musique, les gens, ce qui se passe, les rencontres, mes états d'âme. Pour le poster rock en particulier, bien évidemment l'inspiration vient du groupe lui même, il peut avoir une identité visuelle forte, ce qui est soit une facilité soit un piège monumental, mais la plupart du temps j'écoute le groupe et j'essaie de retranscrire l'ambiance générale de sa musique.

Qu'est-ce qui est le plus difficile dans la réalisation d'une affiche ?

et bien c'est justement ça : retranscrire sa musique, être fidèle au groupe, sans tomber dans les clichés du genre. Je ne suis pas une grande fan des trucs genre "tête de mort-boule de billard 8-pin up" que je trouve au final assez pauvres et qui finissent par tout rendre uniforme. Et aussi rendre cette interprétation personnelle, sans pour autant mettre la personnalité de l'artiste avant l'identité du groupe.

Quelle est ta journée travail type, si il y en a une...

Y'en a pas ! y'a des jours où je vais beaucoup travailler, et des semaines que je peux passer sans rien foutre. Ça dépend du travail qu'on me demande, évidemment, mais le moral joue beaucoup dans ce genre de travail, ce qui n'aide pas par les temps qui courent. J'ai beaucoup de mal à travailler quand je suis prise à la gorge par les impératifs financiers. Si je dois travailler vite pour vendre vite, je ne fais que de la merde.

Quelles sont les principales étapes dans ton travail (du croquis au final) ?

Je commence par faire des croquis dans mes nombreux carnets, je cherche la meilleure idée. Quand un croquis me plait vraiment, je le scanne et j'essaie de placer les typos, je rescanne, et imprime en bleu pour travailler en plus grand, j'encre, je scanne à nouveau, et je colorise sur ordi quand il y a de la couleur.

Le plus simple est encore d'aller voir mon classeur sur flickr consacré aux boulots étape par étape : http://www.flickr.com/photos/tanxxx/collections/72157600053914291/

Tu fais tout à la main ou à l'informatique ?

voir au dessus ;) je privilégie le travail à la main, je suis beaucoup plus à l'aise que sur un ordi...

Au final, combien de temps nécessite la réalisation d'une affiche ?

Ça dépend de l'affiche, évidemment, mais généralement ça va assez vite. On va dire 3 jours à vue de pif. Y'a quelques affiches qui m'ont pris plus de temps, mais c'est assez rare. J'aime travailler vite, sinon je m'ennuie rapidement.

Qui s’occupe de réaliser les sérigraphies ?

C'était Brazo Negro, j'ai toujours travaillé avec lui, sauf exceptions. Mais il a arrêté, ça lui coûtait trop cher, en fric et en temps, pour trop peu de reconnaissance, et le découragement a eu raison de son activité. C'est très dommage, il était très bon.

C'est vrai que ça peut être épuisant, il faut tout faire. Ça rend aussi le travail intéressant, mais entendre que les affiches osnt trop chères, constater qu'on en vendait très peu, que les gens s'en foutaient la plupart du temps, ça use. Du coup je n'en fais plus autant, je travaille à la commande désormais, et je me fais payer pour ça. Il m'arrive quelques fois de refaire des affiches sérigraphiées, avec par exemple la Fanzinothèque de Poitiers, pour des concerts incontournables, comme NoMeansNo...

Tu as un style très caractéristique, tu ne fais que ce dont tu as envie, ou bien si demain on te demande une huile de chevaux qui courent dans la mer sur fond de soleil couchant, il n'y a pas de problème t’es sur le coup ?

Je n'ai pas d'a priori sur les commandes qu'on me fait, du moment qu'on me laisse suffisamment libre. Le problème, c'est qu'avoir un style marqué, ça n'aide pas les gens à projeter quelque chose de différent. J'ai beaucoup de mal à trouver des plans d'illustration à cause de ça. Les gens n'imaginent pas que je peux faire autre chose. Ça fait très longtemps que j'ai envie de faire de l'illustration jeunesse, mais avec mon travail, les DA prennent peur tout de suite, du coup on ne me laisse pas l'occasion de montrer que je peux faire des choses complètement différentes.

Une chose importante dans ce travail, c'ets d'avoir la confiance de son "client". C'est souvent arrivé que je doive batailler pour faire accepter une idée, certains ont une idée très précise de ce qu'ils veulent, mais je pars du principe que je dois aussi m'amuser et tenter de dépasser l'idée première qu'inspire une commande, ne pas se laisser aller à la facilité. Ça me vaut parfois une réputation de chieuse, mais dans la plupart des cas (en fait je n'ai du avoir qu'un refus catégorique, que je n'ai toujours pas compris d'ailleurs), j'arrive à faire accepter mon idée, et au final mes "clients" ont toujours été très contents. Il suffit d'expliquer que le graphiste, c'est moi, et que je sais ce que je fais.

Pour moi, c'ets important de ne pas me laisser enfermer dans un style, c'est le meilleur moyen de s'emmerder et de tourner en rond. Au final, ça tue le travail, et ça tue l'envie de dessiner.

Donc oui je suis sur le coup pour des commandes différentes, mais de là à dessiner des chevaux qui galopent devant un coucher le soleil, là, j'ai un doute...

D’ailleurs exerces tu tes talents de dessinateurs que sur affiches rock ou travailles tu dans d’autres domaines ?

Pour le moment, je fais de tout, et j'adore ça. Illustration, BD, il m'est même arrivé de faire du storyboard pour le film de mon pote Franck Richard, la Meute. Je ne suis fermée à aucun domaine, bien au contraire.

Là j'essaie de trouver des plans pour faire des couv de romans noirs, ou de romans tout court, ça me plairait énormément.

Bientôt un bouquin complet avec toutes les affiches ?

J'en rêve ! l'ennui c'ets qu'en france, les éditeurs qui acceptent de faire des artbooks de gens inconnus (je veux dire par là, qui ne sont pas Bilal) ne sont pas légion. Le seul qui ait accepté le pari du recueil d'illustration c'est Charrette, qui a déjà édité 2 de mes artbooks. Mais ce ne sont pas des recueils d'affiches. Il me semble cependant que c'ets en train de changer, même si ça reste assez pompier ou convenu, avec des éditeurs comme Café Salé ou Ankama.

Qu'est ce qui te motive dans tout çà ?

Ne jamais m'emmerder. Et on ne met pas d'accent à "ça" sauf dans "çà et là". (merci pour cette correction utile, je saurai m’en souvenir, du coup je le laisse pour nos amis lecteurs qui, comme moi, ne savaient pas ça ;)

Je fais un blocage complet avec la notion de "travail". Là j'utilise ce mot dans cet interviou parce que c'ets le seul mot qui existe, mais il y a une différence entre mon travail et le travail à l'usine bien évidemment, sous les ordres d'un patron, purement alimentaire. Je conçois plus mon travail comme une activité. Pour moi le travail, c'est un grand questionnement, je ne comprends pas qu'on passe sa vie à la gagner, qu'on perde sa vie sociale, sa vie amoureuse, son temps, son énergie, à produire de la richesse qui ne te profite jamais, qu'on accepte n'importe quoi plutôt que d'être au chômage. Le travail tue, le travail aliène, le travail rend con, le travail est une plaie. Mais ça me passionne, si j'avais dû choisir autre chose comme boulot, j'aurais bien été sociologue, spécialisée dans le travail. Le travail, d'un point de vie sociologique, pratique et philosophique est un sujet intarissable. On s'occupe, avec des copains, d'un blog sur ce thème : http://le-salaire-de-la-peur.blogspot.com/

Quand on sait que travailler beaucoup moins et vivre aussi confortablement c'est tout à fait possible, c'est rageant de constater tous les jours à quel point on ne va pas dans ce sens. Vraiment, ça me rend dingue. Le livre que je conseille à tout le monde en ce moment c'est "Travailler deux heures par jour" du collectif l'Adret, un truc paru au début des années 70, incroyablement d'actualité. Et même, effrayant d'actualité.

Le plus beau compliment que tu aies reçu dernièrement ?

Pfiou..... je sais pas, je crois que ça fait longtemps que je n'ai pas eu de "vrai compliment", qui me fasse vraiment plaisir. je veux dire autre que le poli "j'aime ce que vous faites" en réponse à mes recherches infructueuses de travaux d'illustration. Je suis assez hermétique aux compliments, surtout si je ne suis pas convaincue moi même par mon boulot.

Un compliment qui m'avait touchée, c'était celui de Luz il y a quelques années, qui était venu à la maison pour m'acheter une toile. Il était tout gêné de dire qu'il aimait beaucoup mon dessin, et j'ai trouvé que c'était le lus beau des compliments, de voir une bête de dessin comme lui, aussi impressionné devant moi que moi devant lui. Je me la pète, hin ?

Y a-t-il une affiche dont tu es particulièrement fier ? et une dont tu aurais un peu « honte » ?

Oui, c'était l'affiche pour "Night Of The Living Dead". Ce n'est pas un affiche de concert, mais une affiche éditée par Black Cat Bones & Brazo Negro, qui avaient édité et imprimé des séries d'affiches de films cultes. Je n'ai honte d'aucune affiche, il y en a des bancales, des pas terribles, des maladroites, mais je les assume complètement.

Qu’est ce que l’on peut te souhaiter pour la suite ?

De vivre sans rien foutre.

1 commentaire:

DJ a dit…

belle interview ;)

ça fait plaisir à lire !!!
a bientôt !

kLem